« Et tu feras une lame/plaque [tsits] d’or pur, et tu graveras sur elle … Consacré à D. [Qodech Lachem] » CHEMOT (28,36).
La Paracha Tetsave est la suite logique de la Paracha de la semaine dernière (Terouma). Après avoir expliqué la construction du Michkan, le sanctuaire, la Torah présente le Cohen qui y travaillera. La Torah insiste donc sur les habits du Cohen, et sur les tâches que ce dernier accomplira.
D. demande à Moshé de parler à « tous les sages de cœur, et qu’ils fassent les habits de Aaron ».
Parmi ces habits il y a le tsits que le cohen gadol portait sur son front.
La guemara Chabbat 63b nous présente le tsits.
C’était une plaque d’or de deux doigts de largeur, sur laquelle étaient écrites deux lignes.
Sur la première ligne, le nom de D. de 4 lettres. Sur la seconde ligne on trouvait « Qodech L » = « consacré à ».
Par amour du nom divin, et pour que rien ne soit marqué au dessus, alors l’ordre de la Torah a été modifié. On écrit d’abord le nom de D., puis « consacré à ».
La guemara nous rapporte aussi les paroles de Rabi Eliezer fils de Rabi Yossi.
Il nous dit que lorsqu’il s’est rendu à Rome, César a voulu le récompenser pour une certaine raison. Il a ainsi obtenu le droit de visiter les trésors cachés de Rome. Il y a ainsi vu le Tsits, et « consacré à D. » était inscrit sur une seule ligne.
Malgré tout, bien que la guemara croît Rabi Eliezer, elle ne fixe pas la loi en fonction de ce qu’il a vu. Le Tsits de Rabi Eliezer était un Tsits « cacher à posteriori »… mais le vrai tsits est celui décrit par les sages de la guemara … en deux lignes. Ils savaient que leur tradition était juste…
Cette semaine, c’est le chabbat qui précède Pourim : chabbat za’hor. Il faut écouter le passage, lu à la synagogue, qui nous enjoint de nous souvenir de ce qu’a fait Amaleq.
Aman est le descendant de Amaleq : dans la meguila on trouve l’expression « Aman fils de Hamedata, le agagui » = descendant d’Amaleq, l’ennemi des juifs (Meguila Esther 3,10).
Le Ateret Zahav, qui est le commentaire de Meguila, que l’on trouve à la fin du tome sur Pourim du ‘Hazon Ovadia, de notre maître le Rav Ovadia Yossef, nous explique que le Roi Assuerus détestait peut être encore plus les juifs que Aman.
La guemara Meguila 14a illustre la complicité de Aman et d’Assuerus.
Imaginons un homme qui a dans son champ, en plein milieu, un monticule de terre qui le gêne, lorsqu’il irrigue, lorsqu’il laboure. Il est prêt à payer cher pour qu’on vienne lui enlever ce monticule.
Son voisin a un champ avec un trou en plein milieu qui le gêne, lorsqu’il irrigue, lorsqu’il laboure. Il est prêt à payer cher pour qu’on vienne lui boucher ce trou.
Les deux hommes se rencontrent, et le premier dit au second : qu’est-ce que je ne donnerais pas pour avoir un trou comme le tien pour me débarrasser de mon monticule…. Le second lui répond laisse, je t’en débarrasse gratuitement.
Dans la meguila, Aman offre de l’argent au Roi pour faire passer son décret d’extermination des juifs. Le Roi lui répond, l’argent t’est donné… Assuerus aussi détestait les juifs !!!
Mais pourquoi le Roi haïssait-il tant les juifs ?
Il avait su par un astrologue qu’un roi juif lui succéderait. Il pensait donc que les juifs organiseraient un coup d’état, pour le renverser, et qu’un juif prendrait sa place.
Il est donc content d’accepter la proposition d’Aman. En exterminant les juifs, il pense s’assurer un règne tranquille… un juif ne lui succèdera pas.
Mais, lorsqu’il apprend qu’Esther est juive (lorsqu’elle se dévoile et dénonce Aman), il comprend, que son successeur sera juif (Darius) : c’est son fils. Il n’y aura donc pas de coup d’état. Plus de raison de tuer les juifs. Aman peut être pendu … Assuerus ne se sent plus menacé par les juifs.
Dans la meguila d’Esther tout semble naturel, on pourrait penser qu’il n’y a pas d’intervention divine.
Esther signifie « caché, voilé ». D. se cache, et c’est à nous de comprendre qu’Il est présent et qu’Il intervient pour nous sauver.
Dans chaque génération, il y a un ou plusieurs Amalek qui s’en prennent aux juifs. Pour s’en sortir il faut faire comme à l’époque de Pourim. Il faut revenir vers son Créateur.
Mais cela ne suffit pas. Le peuple doit être uni. C’est pour cela que l’on échange des mets et que l’on fait des dons aux pauvres.
Cela rappelle un point fondamental, il ne faut pas oublier l’Autre et il faut faire un avec l’autre.
CHABBAT CHALOM
Stéphane Haim COHEN
www.limud.net
D’après Guemara Chabbat 63b Editions Sotenschtein
Et ‘Hazon Ovadia / Pourim