"Et qu’il [le roi qui a aura été choisi] ne multiplie pas pour lui les femmes, et que son coeur ne se détourne pas …"
(DEVARIM 17,17)
Cette semaine, nous lisons la Paracha Chofetim, comme dans la plupart des parachyot du dernier livre de la Torah, Moshé donne ses recommandations aux Bné Israel, avant que le peuple entre en Israel.
La paracha de la semaine présente des lois à appliquer lorsque les Bné Israel seront entrés en Terre Promise. Ainsi le verset en entête présente une loi propre au roi qui sera nommé.
Ce roi ne doit pas avoir trop de femmes ! Rachi rapporte que le nombre maximum est de 18. On l’apprend du Roi David qui avait 6 femmes, et du verset de Chmouel B (12,8).
Dans de nombreuses guemarot on retrouve une discussion fondamentale sur la compréhension de la Torah :
Faut-il donner des raisons aux commandements de la Torah ?
Rabbi Chim’on dit que l’on est dorech taama diqra. On doit donner des raisons aux commandements de la Torah.
Rabbi Yehouda, dit que l’on ne donne pas de raison aux mitswot de la Torah.
Les conséquences de ces deux positions sont fondamentales.
Prenons l’exemple de la veuve pour laquelle il est interdit de lui prendre un gage (Devarim 24,17). La Torah nous dit que même si la veuve est redevable d’une somme d’argent, il ne faut pas aller prendre en gage ses vêtements.
Dans Baba Metsia 115a, on rapporte une discussion à propos de cette loi.
Rabbi Yehouda, pense que l’on n’a pas à chercher les causes de l’interdiction concernant la veuve. Le loi est donc applicable à toutes les veuves : riches ou pauvres.
En revanche, Rabbi Chim’on explique qu’il ne faut pas prendre de gage chez la veuve pauvre uniquement. En effet, selon Rabbi Chim’on, la Torah veut éviter les aller et venues chez la veuve de gens étrangers.
Ainsi, si on lui prend un gage, il faudra lui rendre au moment où elle en a besoin. Si c’est une couverture, et que la veuve est pauvre, il faudra donc lui rendre, chaque soir.
Donc chaque soir, un étranger se rendra chez la veuve, et c’est source de mauvaise réputation.
En revanche, pour une veuve riche, il n’y a pas à rendre quotidiennement le gage, donc pas de risque de mauvaise réputation. Prendre un gage est donc permis.
Cette discussion reflète le mode de pensée traditionnel de Rabbi Chim’on : il est dorech taama diqra.
Cependant sur une autre loi, il semble que l’on trouve le contraire.
A propos du verset en entête, Rabbi Yehouda dit que le roi peut avoir un grand nombre de femmes (supérieur à 18) à condition qu’elles ne détournent pas son coeur.
Rabbi Chim’on dit que le Roi doit avoir un nombre de femmes limité (maximum 18), mais, même une seule femme, si celle-ci le détourne, alors c’est interdit.
Il semble donc que sur cette loi, les positions sont inversées. C’est Rabbi Yehouda qui est dorech taama diqra, qui cherche les raisons des mitswot !
LA guemara répond qu’en général Rabbi Yehouda ne cherche pas la raison des mitswot… mais ici c’est spécial, c’est la Torah elle-même qui donne la raison ! on doit donc en tenir compte pour trouver la loi à appliquer.
Pour Rabbi Chim’on, c’est le contraire. On n’avait pas besoin que la Torah donne la raison de ce commandement (en entête). En raisonnant, on aurait trouvé tout seul la raison… Si la Torah le précise c’est donc qu’il y a 2 commandements :
1. Nombre de femmes maximum pour un roi = 18
2. Un roi ne doit pas avoir de femme (même une seule) qui détourne son coeur.
Une fois de plus nous comprenons que sans la Torah Orale, nous ne pouvons pas comprendre la Torah écrite.
A l’orée du mois de Eloul, la préparation au Rendez-vous avec le roi, à nous de comprendre, que nous n’avons pas le droit de rester ignorant.
D. nous a donné une tête … pourquoi ne pas décider de l’utiliser pour essayer d’appréhender une infime partie da la sagesse infinie de la Torah ?
CHABBAT CHALOM
Stéphane Haim COHEN
D'après Baba Metsia 115a
Editions Sotenchtein