« Avraham se dépêcha vers la tente, vers Sarah et dit : Dépêche-toi [prends] trois mesures de fine farine, pétris [les] et fais des gâteaux. Et vers le bétail courut Avraham. Il prit un veau [pour chacun des invités] tendre et bon, le donna au jeune homme… »
Berechit (18,6-7)
VAYERA est La Paracha qui nous raconte plusieurs moments clés de la vie d’Avraham :
- La visite des anges qui viennent annoncer que Sara aura un fils
- La négociation avec D. pour sauver les villes de Sodome et Gomorrhe
- Le sauvetage de Loth et la destruction de Sodome et Gomorrhe
- La rencontre avec Avimele’h
- Sarah qui enfante Yts’haq, la brith mila de Yts’haq
- Avraham qui doit renvoyer Ychmael
- L’ultime épreuve : la ligature de Yts’haq.
Au début de la paracha, la Torah nous montre le modèle de bonté que représente Avraham.
La Torah décrit son hospitalité, qu’il enseigne d’ailleurs à Ychmael (le jeune homme du verset en entête).
La guemara ‘Houlin 84a, nous explique que l’hospitalité, ce n’est pas que des mots… Et sous prétexte de dire des paroles gentilles, on n’a pas le droit de « voler l’esprit » (guenévat daat) de son invité.
Ainsi Rabbi Meir dit :
« Un homme n’a pas le droit d’insister pour inviter un ami, s’il sait explicitement que cet ami refusera ».
En effet, cet homme n’invite son prochain que parce qu’il sait qu’il ne viendra pas. Ses paroles sont donc des faire-valoir. L’ami se sentira redevable auprès de l’hôte potentiel. C’est de la tromperie.
Dans le même esprit, la guemara continue :
Il ne faut pas multiplier les demandes, et supplier son prochain pour qu’il accepte le cadeau qu’on lui fait, si l’on sait très bien qu’il va refuser… c’est encore se faire passer pour quelqu’un de bien… et l’autre se sentira redevable.
De ces 2 enseignements, l’on comprend que ce qui est interdit c’est d’insister, de multiplier les paroles pour que l’autre accepte une invitation ou un présent. Mais, proposer une fois ou deux, même si on sait que l’autre va refuser ce n’est pas de la tromperie (Sma sur ‘Hochen Michpate 228,8).
En effet, on peut vexer quelqu’un si on ne l’invite pas.
Ainsi, imaginons une assemblée de 5 personnes, j’en invite 4 au mariage de mon fils, mais, la 5è, je ne lui dit rien… je lui fait honte !
Même si je sais que cette 5è personne sera en voyage à l’étranger le jour du mariage, en ne disant rien je lui fais honte ! Il faut au moins lui proposer une fois ou deux.
En revanche, lui dire 10 fois de venir, et que je sortirai pour elle la meilleure boutargue (il faut savoir reconnaître ce qui est bon !!!), ou mieux, que je dirai en son honneur un dvar Torah exceptionnel… cela c’est de la tromperie.
Car l’hôte sait très bien que l’invité ne pourra pas venir.
La guemara explique encore que l’on ne doit pas ouvrir un nouveau tonneau de vin pour invité, si le reste de ce tonneau est déjà vendu.
En effet, quand on ouvre un tonneau, le vin doit être vite consommé, ou il risque de tourner.
Si j’ouvre un tonneau pour servir un verre de vin à mon invité, il va croire que je suis prêt à perdre la valeur d’un tonneau, pour lui faire honneur… or ce n’est pas vrai puisque j’ai vendu, par avance ce qui restait de ce tonneau.
Il faut donc l’avertir…j’ouvre un tonneau, mais le reste est vendu.
En clair, il faut être consistant… il faut être et non paraître.
Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN
www.limud.net
D’après Guemara ‘Houlin 94a,
Editions Sotenschtein